Dora et Mario à l'hôtel des poètes

 

 
  IL est en bleu                    ELLE est en rose  


      Dès le départ, nous devons nous abandonner entre leurs mains et c'est un merveilleux prélude à nos retrouvailles amoureuses. Du programme du weekend, nous ne connaissions qu'un menu énigmatique qu'ils nous avaient mitonné et malgré nos efforts, nous n'avions pas percé le mystère. Au point de rendez-vous, nous avons donc retrouvé Enzo, mais seul. Il a emmené Dora auprès de Lilou et maintenant j'attends son retour.

      Enzo nous attendait et m'a demandé de le suivre. Bien sur, il m'emmène rejoindre Lilou, mais où va-t-on ? Durant le trajet, il me demande de fermer les yeux. J'adore ! C'est amusant de rentrer dans ce jeu qu'ils ont imaginé pour moi, Je ferme les yeux et plonge un peu plus dans mes sensations. En fait, ce n'est pas seulement amusant, c'est tout à fait excitant ! Face à l'inconnu, ma tension monte, jusqu'à une certaine fébrilité ... Nous nous garons devant un hôtel, il est charmant avec une petite rivière à ses pieds, Enzo m'ouvre le chemin par un petit escalier qui tourne et n'en finit pas ; j'ai l'impression d'être un prince montant en haut de la tour rejoindre la belle au bois dormant. Nous arrivons sur le palier, il m'ouvre la porte d'une très belle chambre mais celle-ci est … vide. Je rentre et il me glisse de suivre les pétales de roses que je viens d'apercevoir sur le sol. J'avance doucement. J'ai un peu le trac, je me sens gauche avec ma tenue de randonnée dans un si bel endroit. Je me lance et entrouvre la porte de la salle de bain, et là ... Quel merveilleux tableau je découvre ! Lilou toute souriante, m'attend dans un bain couvert de pétales de roses, une coupe de champagne à la main. Je suis toute émue par le tableau, un peu abasourdie. Tout cela pour moi ?

      Je vais donc commencer par passer un moment juste avec Enzo et j'en suis très heureux. J'ai envie de le connaître. J'ai l'intuition que nous avons beaucoup de choses à partager et qu'en plus, nous avons un vrai goût pour cela. Je devine qu'il aime comme moi ces discussions où l'on parle de tout, des gens, des passions, de l'intime, où l'on refait le monde devant un verre, ou plus ... Pourtant sur le chemin de notre promenade, je suis encore timide. J'ai envie de lui raconter les émotions qui nous traversent depuis qu'on les connaît mais je me sens maladroit. Il m'intimide et j'ai besoin d'être apprivoisé. Il me faut du temps pour me rapprocher de lui mais je sais que cela viendra. L'important est de poser la première pierre. On se balade, il fait bon, et finalement, on en pose tout un tas, de pierres ...

      " Vais-je être à la hauteur ?  " murmure une petite voix intérieure.

      Chère Lilou toute nature, pétillante … Elle sent ma gène et m'invite à la rejoindre au plus vite pour me détendre. Moment délicieux où je rentre dans l'eau. La chaleur m'enveloppe et les douces caresses de ma chérie achèvent de me détendre. Je ne pense plus à être à la hauteur et nous conversons nonchalamment tout en nous câlinant doucement. C'est un moment de douceur tranquille entre filles. Je suis dans un cocon enveloppée de bien-être et la présence incroyable de mon amante me rend heureuse et me fait rayonner. Lilou me raconte le programme pour la suite : ils ont imaginé plein de temps tranquillement entre nous quatre et suggèrent même ... de s'endormir ensemble ! Une immense joie m'envahit devant cet écho de nos propres désirs. Lors de notre dernière rencontre, notre séparation au petit matin avait fait germer comme une évidence le besoin de finir en douceur la nuit dans les bras les uns des autres.

     Je ne suis cependant pas complètement détendue car je sais que nos hommes nous attendent et que nous devons y penser. " Maintenant " me dit Lilou, " il nous faut aussi faire une surprise à Mario. Que crois tu qui pourrais lui faire plaisir ? "

     Je pense à ce qu'il va ressentir, à l'émotion qu'il aura à savoir Lilou et moi complices et lui, objet de notre attention … Je trouve immédiatement l'idée ...

      L'appel des filles nous retrouve devant une bière en terrasse à discuter de la vie. Nous partons les rejoindre et Enzo me conduit jusqu'à un joli endroit, tout mignon, caché sous les arbres et bordé d'une petite sorgue: l'hôtel du poète. Je souris, ce nom leur va si bien ! Je me sens un peu perdu devant l'ampleur de la surprise qui se dessine peu à peu pour ce weekend. Mais ce n'est qu'un début : devant la chambre, ce sont les yeux bandés que je dois entrer !!! Avant d'avoir vraiment eu le temps de réagir, les filles me guident dans la pièce puis rapidement me déshabillent et m'allongent doucement, le dos contre le lit. Je me sens très très vulnérable ... Je les entends parler et rire, je les sens toutes excitées, l'ambiance est joyeuse. Ont elles vraiment conscience de la place de ce genre de situation dans le panthéon érotique masculin ? Un liquide froid sur mon corps et un massage commence ... Au son de leur voix, j'identifie les mains qui me parcourent mais elles changent de place et, assez vite, me perdent complètement. Leurs mains sont chaudes, me couvrent en entier et j'aime ça. Je me détends, conscient du rêve improbable que je suis en train de vivre. Le ballet est envoûtant, extraordinaire, magique. La similitude des gestes trahit leur complicité et je suis ému d'en être le destinataire. Elles s'appliquent, je ressens un contact doux mais ferme, une vraie volonté de toucher. Je sais la nouveauté que cela représente pour Lilou et cela augmente encore mon trouble. J'ai envie d'être le plus proche d'elles possibles, qu'elles me touchent au plus profond. Alors petit à petit, mentalement, je me dépouille de ma dernière pudeur et je me retrouve à nu sous leurs doigts, frissonnant au moindre contact, tout entier abandonné dans leurs mains. Merveilleux instants ...

      Mario paraît très impressionné. Je le dévêts et l'allonge sur le lit. Je prends conscience qu'il va peut être avoir du mal à se relaxer. Je me dis qu'il faut que nous soyons le vecteur de sa détente, qu'il faut lui offrir l'harmonie enveloppante de nos mains qui le prennent en charge. Je suis ravie de ce moment de pure complicité qui se noue entre Lilou et moi, dans ce jeu que nous venons d'élaborer et que je mène d'instinct, dirigeant la danse de nos mains et le placement de nos corps pour désorienter Mario. Lilou est toute attentive et concentrée. Je ressens une sorte de symbiose entre nous, jouant ensemble par l'intermédiaire du ballet de nos mains sur sa peau à lui. La pièce embaume la mûre. Enzo nous observe silencieux mais bien présent ne perdant pas une miette du délicieux tableau que nous offrons. Nous libérons finalement le supplicié pour lui faire enfin découvrir ses deux masseuses et trinquer tous ensemble.

      Il faut bien que ce moment finisse. On me retire mon bandeau et l'émotion qui m'étreint est difficile à dominer : revoir Lilou toute émue, Dora à ses cotés, découvrir l'attention raffinée avec laquelle ils ont décoré la chambre, la folle délicatesse du chemin de pétale menant à la baignoire fleurie, savoir que la surprise que je viens de vivre avait germée dans la tête des filles ... Je suis tellement ému ma gorge se serre et j'ai du mal à parler. Heureusement Enzo vient à mon secours avec une coupe de champagne. Les filles prennent soin de moi et me racontent leurs moments à elles. Elles semblent toutes contentes de leur surprise et touchées par mon émotion, comme fières d'elles. Elles rayonnent et je ressens de plein fouet toute leur proximité ; l'image de ma douce disparaît alors derrière celle de l'amante de Lilou et j'ai un énorme élan d'amour-tendresse vers elles.

     Entre chocolats et papotage, je reprends contact avec tous les quatre, par le cœur et l'esprit cette fois. Nous sommes complètement nus sur le grand lit, un peu comme si il ne fallait aucun obstacle entre nous. Je reconnais la chaude intimité qui se déploie, familière et tranquille, puissante et profonde. Je sens le désir circuler, s'épanouir et nous commençons doucement à nous y immerger. Enzo propose alors que les hommes échangent leur place autour du cœur que forment déjà leurs belles. C'est une première ! J'adore lorsque Enzo met les pieds dans le plat et saute dans le vide les yeux fermés (chez nous on appelle ça une Enzoette), nous qui préférons souvent suggérer en creux. Mais Enzo a l'instinct et je rate un battement de cœur en entendant les filles acquiescer avec enthousiasme. Je saisi l'étincelle dans les yeux de Dora et nous échangeons ...

      Lilou ne le sait pas, mais j'ai envie de la respirer. Sentir me fait toujours entrer au cœur de l'intimité des êtres et c'est ce dont j'ai envie. Je me glisse derrière elle, un peu tendu, marque un temps d'arrêt pour m'accorder et laisser sa présence enfler en moi. Doucement je commence à la caresser, ému, un peu hésitant. Avec mes mains et mon corps je lui pose des questions muettes et je la sens y répondre, elle se colle, me touche ; je ressens sa chaleur, son parfum, je lui renvoie mon désir puis coule tout entier dans ces échanges mouvants. J'aimerais savoir ce qu'elle pense de ce dialogue ... Lilou m'offre une place contre elle et son accueil est merveilleux, apaisant. Je lève les yeux.

     Ma douce est dans les bras d'Enzo ... Ils sont ensemble, reliés au delà des mots et des caresses. Au cadeau de sa douceur et de son attention entière, elle lui répond par son abandon parfait. Il plane un instant de grâce et de vérité au dessus d'eux ; je les trouve tous les deux très beaux et émouvants.

     Lilou les rejoint, les filles se retrouvent. Elles ont toujours beaucoup de choses à se dire et je sais combien Dora goûte ce plaisir. Enzo et moi leur formons un petit cocon au sein duquel elles s'épanouissent comme des fleurs, ondulant sous la brise que leur ardeur génère.

      Lentement nous nous approchons et commençons à nous effleurer, retrouvant l'ivresse de ces moments intimes qui nous bouleversent et que nous attendions. Je suis pleine de désir après avoir effleuré le corps de Lilou durant le bain. Sous l'impulsion d'Enzo, nos hommes échangent leurs places et je me retrouve bientôt cajolée simultanément par lui et Lilou.

     Je suis toute émue de cette situation moi qui n'aurais jamais osé la provoquer. Je me laisse approcher. Les doigts d'Enzo m'effleurent délicatement, je frémis sentant poindre la douce chaleur du désir qui enfle. Il a une présence extraordinaire et je me sens bien dans ses bras. Sous la chaleur de son attention, je m'ouvre peu à peu puis complètement. Lilou s'est jointe à lui et mon trouble augmente. Je me laisse aller, chavirant sous leurs caresses, blottie dans son cou à elle, je m'immerge dans son odeur, je cherche ses lèvres qui m'attirent irrémédiablement. Je sens Mario tout proche aussi, juste derrière Elle. Je suis liquide, complètement libérée, emportée par un tourbillon vers une autre dimension. Ils murmurent chacun tour à tour à mon oreille qu'ils me trouvent belle, cela emporte mon plaisir et me guide jusqu'à l'extase.

     Je reprends peu à peu mes esprits, et cherche à nouveau son contact, sa peau douce et ferme. Mario et Enzo se joignent à moi, Elle frémit sous nos mains qui la couvrent de caresses et ma langue qui vient caresser son sanctuaire. Nous la sentons se tendre à l'extrême emportée par la volupté. Que j'aime être ainsi la cause de son plaisir. C'est fort, c'est bon, c'est intense et exceptionnel.

      Je suis maintenant sur le dos, Dora dressée sur moi. Ils se retournent et Lilou vient emplir mon champ de vision en mettant son visage au dessus du mien. Je la regarde longuement, lit le plaisir la sillonner, suis dans ses yeux le voyage qu'elle entreprend avec Enzo, écoute ses soupirs. Je me rapproche, plonge le nez dans son cou, ses cheveux, pour la sentir. Elle m'embrasse ... Vertige ! Je vois en perspective ma douce, droite et tendue, arrimée à moi. Ma bouche est ailleurs mais je lui parle silencieusement, lui raconte ce que je vis. Nos corps soudés arrivent à communiquer, elle me répond, me serre, m'appelle même, lorsqu' Enzo et elle se cherchent et s'embrassent. Je sens la main de Lilou sur mon ventre, immobile. Je reconnais le sens de ce geste familier ... La tension monte, Lilou maintenant me dévore, je colle mon nez sur sa peau, aspire à plein, quelqu'un s'occupe de mes seins, je ne sais plus qui c'est, les perceptions se mélangent et je confonds tout ; mes émotions saturent complètement et le temps s'étire infiniment dans le flou de mes sensations.

      Nous retournons chacune retrouver notre homme, mais sans nous séparer vraiment. Je me suis mise au-dessus de Mario pour pouvoir le sentir en moi et rester proche d'Enzo. Lui s'est glissé derrière elle. Je prends un moment pour m'imprégner des images, les fixer dans ma mémoire, peut être pour mes rêveries futures ... Mario s'occupe de moi et moi de lui ; je me laisse aller. A chaque fois que Lilou l'embrasse, je le sens palpiter en moi et je résonne de leurs échos. Je caresse mon amante pour lui dire que tout va bien et que je les accompagne. J'ai envie de plus, alors je taquine ses seins à lui, c'est son point faible. Lilou m'y rejoint et le voilà qui bondit en moi ... Extase ! Enzo est tout près, je sens sa présence, Je l'invite à se rapprocher en le cherchant des mains, d'abord timidement puis plus franchement. Nos bouches se rejoignent pour un long baiser et notre cercle à quatre est ainsi refermé. Lilou tangue, Mario, enfoui sous elle, ne me lâche plus, Enzo me porte, je lâche mes dernières amarres puis je me laisse emmener loin loin loin pour un voyage que je ne pourrai oublier ...


      Il fait nuit maintenant. Je recommence à sentir le temps s'écouler et le monde reprendre consistance. C'est l'heure du repas ; nous nous séparons le temps de se préparer. Seuls, j'enlace ma douce et nous restons un moment silencieux, incrédules face à ce qui nous arrive ; nous marchons légers sur le bord des nuages. Le restaurant qu'ils ont choisi est plein de charme, mélange de pierres et d'eau. Après les fièvres de l'après midi, nous sommes comme apaisés, même un peu étourdis. Nous nous laissons aller au plaisir de la discussion et au bonheur d'être ensemble, s'échangeant nos plats et nous régalant d'un vin magnifique. Puis vient le moment des cadeaux : un pour chaque sens, tous avec beaucoup de nous dedans. Nous les avons préparés avec soin, ils représenteront pour nous notre présence auprès d'eux lorsque nous nous serons quittés, une caresse par procuration pour chacun de leur sens. Leurs yeux pétillent, nous leur avons fait plaisir ... nous sommes aux anges.

     Retour à l'hôtel, c'est le moment de se coucher. Exauçant nos souhaits non formulés, ils nous ont proposé que ce soit ensemble ! Ma douce et moi en rêvions depuis longtemps et qu'ils le désirent également nous rend tout chose ... Au moment d'organiser notre nid, j'adore ce petit grain de folie qui nous fait nous pelotonner à quatre nus dans un lit pour deux (cela me rappelle nos premiers moments avec Dora lorsque nous nous serrions à deux dans un lit pour un). Blottis les uns contre les autres, on se raconte des petits secrets tout en se câlinant tendrement, Lilou rit exprès pour embêter la chambre d'à coté tandis qu'Enzo nous gratifie de merveilleuses Enzoettes sous la forme de questions intime ... Frissons délicieux ! Je voie les yeux pétiller partout, c'est un vrai bonheur, magique comme je l'avais imaginé. Ma mémoire le met de coté pour plus tard. Petit à petit, la conversation s'étire et chacun finit par glisser dans son territoire intime. Depuis toujours avec Dora, ce territoire, dernière station avant les rêves, est celui de notre couple ; un lieu qui n'appartient qu'à nous, fil rouge de notre intimité profonde. Partager cet endroit ultime avec eux incarne la place qu'ils occupent désormais dans nos vies. Au gré des réveils chaotiques de la nuit, dans le silence des respirations, humant le parfum que nos corps ont imprimés à la chambre, j'oscille entre émerveillement, sentiment d'irréalité et étonnement perpétuel. Notre rencontre sonne comme une évidence et je savoure l'immense chance de les avoir trouvés.

     L'absence me réveille, ma douce vient de se décoller. Je me retourne. Ils sont là, face à nous, dans le contre jour, les doigts d'Enzo survolant doucement la surface de Lilou. Immobiles, ils donnent l'air d'être là depuis la nuit des temps, ne formant qu'un. Ils sont magnifiques ! Ils nous regardent mais ne bougent pas. Comme un écho à mes pensées de la nuit, je comprends la magie de l'instant. Le temps est figé ... Dora les a rejoints, je prolonge un peu, étirant ce moment rare pour mieux m'en imprégner, puis je me rapproche. Étrangement, j'ai la même impression qu'en retrouvant ma maison après une longue séparation. La suite sera pleine de douceurs et de tendresse ...

     La fatigue et le petit déjeuner amène la première vague de nostalgie, prémisse de la séparation à venir. Je la repousse facilement, je suis encore plein de la nuit et d'hier. Il fait beau, nous nous promenons, on discute, ils nous montrent des lieux qu'ils aiment, d'autres où ils ont fait des folies ... On se frôle, je tiens Dora par la main, je suis heureux. Cependant, le sentiment que cela va finir peu à peu m'envahit. C'est idiot, ce n'est la fin de rien du tout, plutôt le début d'une longue et belle histoire, improbable mais bien réelle. Cependant c'est ainsi, je ne veux pas les quitter. Tout au long des ruelles, j'ai envie de les prendre dans mes bras, mais je n'en fais rien. Je maudis ma réserve. Nous venons de vivre deux jours comblés par nos amiours, hors du temps, irréels et magnifiques. A l'heure des au-revoir, je les prends enfin tous les deux dans mes bras et, je serre un peu, pour qu'ils comprennent ...
Photo originale Santillo - Traitement Jardin Secret
 
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