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Au fond du lac
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| L'eau s'est mise
à bouillir. Je l'arrête et me prépare un solide petit
déjeuner car je sais que le chemin du retour vers Atalaya sera long. Je
m'installe à l'extérieur pour profiter encore un peu de ce qui
m'entoure. La couleur du ciel, de la terre, des arbres est difficilement
explicable. Au fur et à mesure que le soleil monte, les tons changent
rendant la nature encore plus sublime. La beauté du paysage me fait
oublier mes courbatures et elles sont nombreuses
Au bout d'un long
moment, je me décide enfin à mettre un peu d'ordre dans la
pièce, faire ma petite vaisselle à la source et rassembler mes
affaires dans mon sac. Je me rechausse correctement et me remets en route. La
descente se fait plus rapidement, je marche d'un bon pas et me retrouve assez
rapidement à Atalaya. À mon arrivée dans le petit village, je file directement au petit magasin de Pedro. Je pousse la porte faisant tinter la petite sonnette. Pedro tourne la tête et son visage change d'expression en me voyant. Il connaît bien le temple, c'est lui même qui m'a dit qu'il s'y produisait des phénomènes étranges. Je dois moi aussi avoir les traits du visage marqués. Sans prononcer un seul mot, il me sert un café bien chaud. Après l'avoir dégusté, j'engage la conversation. J'ai encore besoin de nombreux renseignements car je veux me rendre à Puno, le petit village au bord du lac Titicaca. Pedro écarquille grand les yeux puis prend une carte. En nous penchant dessus, nos mains s'effleurent mais nous les retirons rapidement. Il saisit un papier sur lequel il griffonne quelques indications. Il faut que je prenne le bus de quatorze heures pour Abancay. L'arrivée est prévue à six heures du matin. Ensuite, je devrai prendre un autre bus pour Puno. Le voyage est très long, deux jours entiers. Pedro inscrit sur la feuille le nom des différents villages que l'on doit traverser et ceux où l'on doit s'arrêter pour faire une pause et refaire le plein de carburant. Je prends mon repas de midi avec lui. Nous échangeons peu de mots. Lorsque l'heure arrive, je me lève pour sortir. Au moment de passer la porte, il saisit brutalement ma main, me retourne et me plaque contre lui. Il me fixe avec des yeux de braise et m'embrasse âprement. Je me raidis puis me laisse aller. Ce n'est pas désagréable, bien au contraire. Il se détache de moi aussi violemment qu'il s'était rapproché et me glisse dans la main un lacet de cuir orné d'un petit pendentif en bois. Un petit bijou local "para suerte" me dit-il et puis il ajoute que ça me permettra de ne pas l'oublier. Nos regards se croisent. Nous savons que rien ne se passera entre nous. Ici, je suis à la recherche d'aventures mystérieuses. Une aventure avec lui me ramènerait à la réalité. Pedro a compris tout cela. Mais peut être qu'un jour je reviendrai à Atalaya pour vivre ce que je n'ai pas vécu aujourd'hui. Il me pousse dehors. Je comprends que nos adieux ne doivent pas durer plus longtemps. Pensive, je me retrouve dans la ruelle. Je marche jusqu'à l'arrêt de bus. Il y a déjà beaucoup de monde. Je comprends que les gens vont au marché d'Abancay qui se déroule le lendemain matin. Certains y vont pour vendre, d'autres pour acheter. Abancay est une petite ville très animée située à seulement cinquante kilomètres de Cuzco ; La ville de l'aéroport. Avec un quart d'heure de retard, le bus arrive et tout le monde embarque. Il est moins bondé que celui qui m'a menée jusqu'ici. Je trouve une place à côté d'une jeune fille avec qui je commence à discuter de tout et de rien. J'apprends qu'elle est mariée et qu'elle a deux enfants, elle me paraît pourtant bien jeune. Avec son mari, ils cultivent des fruits et des légumes pour leur propre consommation. Ils élèvent aussi des animaux pour leur propre usage ou pour les vendre. Les revenus qu'ils en tirent ne suffisant pas, ils se sont lancés dans l'élèvage des lamas. La jeune fille récupère la laine et confectionne des vêtements qu'elle vend au marché d'Abancay. De mon côté, je lui explique mon voyage et les visites que j'envisage de faire. Lorsque la nuit tombe, malgré l'éternel tangage du bus, nous nous assoupissons. Nous rejoignons Abancay à sept heures, tout le monde est réveillé et il y a pas mal d'agitation à l'approche de l'arrivée. À la descente, tout le monde s'éparpille dans tous les sens. Il me reste jusqu'à neuf heures pour le bus de Puno. Je décide d'en profiter pour prendre un petit déjeuner à la petite gare routière. Une vraie fourmilière. J'observe les gens, un de mes passe-temps favoris. À neuf heures, je m'embarque non sans appréhension, il me reste encore douze heures de transport. Mais cette partie du voyage s'avère bien plus tranquille. Nous sommes uniquement quatre et nous pouvons prendre nos aises. Je profite du dernier arrêt pour demander au chauffeur s'il connaît un endroit où dormir à Puno. Je lui dis que je souhaite être le plus près possible du lac. Il m'explique qu'il y a une petite pension de famille à trois kilomètres après la sortie de la ville, qu'il y aura sûrement de la place et qu'il pourra m'y déposer. Lorsque nous arrivons, je découvre une toute petite ville accrochée au flan d'une colline et qui domine le lac. Tout le monde descend et je reste seule avec le chauffeur. Le soleil commence à peine à se coucher. Il me désigne une petite lueur au loin en me disant que c'est ma destination. Je suis maintenant très impatiente d'arriver. Dix minutes plus tard, je suis rendue. Je récupère mes sacs en remerciant chaleureusement le chauffeur. La pension sent bon la cuisine. Je me présente à une petite dame et demande s'il reste une chambre libre. Elle me répond qu'il n'y a pas de problèmes et m'invite à la suivre. Je lui emboîte le pas. La chambre se trouve à l'extérieur. Elle m'explique que dans la "grande" maison, on prend uniquement les repas. Nous empruntons un petit sentier de terre et de pierres. Après une cinquantaine de mètres, je découvre quatre petites cabanes de bois. Elle me désigne la bleue en me précisant que les autres sont occupées. Elle me dit qu'un repas froid peut m'être servi à la cabane mais qu'il est trop tard pour le repas du soir. Je lui dis que je comprends et elle repart aussitôt. J'en profite pour prendre une douche. À peine sortie, j'entends taper et découvre la petite dame qui me tend un plateau. Je lui demande si l'accès au lac est facile. Elle me dit qu'il n'y a aucun problème mais que si je compte y aller ce soir, il me faut prendre de quoi me couvrir. Les nuits sont fraîches à cette altitude. Brûlant d'impatience, je m'habille rapidement, avale le contenu du plateau, attrape un fruit et descend vers le lac. Mon cur bat à toute allure, je me sens bizarre, ma tête tourne un peu. J'essaie de me calmer, de respirer lentement mais les vertiges s'amplifient. Je me sens glisser, il y a un trou noir puis j'aperçois des nuages roses, verts, bleus ! Je suis mieux maintenant. Le lac s'agite, je sens son eau froide sur ma peau mais c'est une sensation agréable. Soudain, une forme humaine apparaît. Mes yeux clignent, je n'en reviens pas. Devant moi une sirène. Non pas une, mais trois. Elles sont magnifiques, d'une beauté indescriptible. Elles me saisissent et m'entraînent au fond du lac, dans un endroit très lumineux et bordé de couleurs tendres. Je suis bien, je ne sens pas l'eau. Et je respire ! Serais-je devenue une sirène moi aussi ? Elles m'installent dans un salon aquatique très confortable. Elles m'entourent puis se rapprochent de moi de façon très élégante. Je sens leurs cheveux effleurer mes joues, ils sont immenses et très soyeux. Il me semble distinguer une légère musique, très langoureuse. Des poissons multicolores tournent autour de nous pendant que six mains ôtent mes vêtements. Je me laisse faire. Leurs caresses sont douces. Elles commencent par mon visage puis descendent dans mon cou, mon buste. Elles pelotent mes seins tout en retenue. Je ferme les yeux pour mieux ressentir leurs doigts. La vague de caresses descend jusqu'à mon ventre puis arrive à mon sexe. Elles se montrent désormais plus pressantes. Mes cuisses sont très écartées, je dirais même écartelées. Une d'entre elle se met à me sucer. Sa langue est divine, tantôt pointue, tantôt épaisse. J'ai une sirène pour chaque parcelle de mon corps. Je me tortille dans tous les sens, portée par l'eau. Le plaisir est immense. Je sens deux doigts posés sur mon clitoris, deux doigts au fond de moi et deux doigts qui scrutent mon petit orifice. Je ne perçois plus que des vibrations de plaisir. Je retiens ma jouissance. Ces moments sont si délicieux que j'aimerais qu'ils durent éternellement. Je me sens flotter, l'excitation est à son comble. Dépourvues de sexe, ces demoiselles ne peuvent que donner du plaisir. Elles sont au service de mon unique jouissance et moi, je suis à l'écoute de mes sens. Je sens un orgasme monter dans tout mon être, m'envahir et mon ventre battre comme jamais. Puis mes muscles se détendent, un frisson me parcours. J'ouvre les yeux, il fait nuit noire. Je suis allongée nue sur le sol, au bord du lac, mes vêtements trempés posés à côté de moi. Je commence à être transie de froid. La petite dame a raison, les nuits sont très fraîches sur l'altiplano. Je me redresse vivement sur mes jambes et rejoins rapidement ma cabane qui me donne l'impression d'un petit nid douillet. J'étale mes vêtements pour qu'ils sèchent, enroule mes cheveux dans une serviette éponge et me glisse sous les couvertures pour trouver un peu de chaleur. Comment aurais-je fait pour respirer sous l'eau ? Les sirènes n'existent pas ! C'est une légende. À moins que Qu'y avait-il dans mon repas ? Mon corps se réchauffe tranquillement. Je n'ai jamais été aussi détendue. Le sommeil m'emporte rapidement. |