Les pierres chaudes

 

        Le lendemain, je me lève à l'aube. J'enfile des vêtements douillets et me dirige vers la salle à manger. La propriétaire est tout juste levée. Ses yeux sont encore endormis, mais le café est déjà prêt. Je serre la tasse fumante entre mes mains. La porte s'ouvre laissant apparaître Kate, resplendissante. Elle s'assoit à mes côtés. Je suis un peu gênée mais sa décontraction a vite raison de moi. À peine s'est-elle versé une tasse de café qu'elle me lance :

      - Ça te dit de m'accompagner aux thermes ? Il y en a tout près d'ici. J'ai envie de me détendre.

      J'avais, en effet, remarqué un petit panneau de bois lorsque nous étions près du village des pêcheurs qui indiquait des sources de soufre. Je me voyais mal lui refuser cette escapade et de toutes façons, je n'avais rien prévu de particulier aujourd'hui.

      - Alors ? C'est ok ? 
      - C'est ok.
      - Très bien, rendez-vous dans une heure.

      Le temps de m'offrir une petite ballade le long du lac et je retrouve Kate assise sur les marches de ses escaliers.

      - Brad n'est pas là ?
      - Il a pas mal de travail sur ses photos. En plus, les thermes sont réservés aux filles un jour par semaine, et c'est aujourd'hui.

      Je reste un peu décontenancée par cette remarque. Une légère brume s'est levée. La température est fraîche mais agréable. Après une demi-heure de marche, nous arrivons au petit croisement où j'avais repéré le panneau indiquant les sources. Le chemin monte légèrement. Au loin sur une colline, je distingue quelques habitations. Nous accélérons le pas et nous nous retrouvons vite au pied d'un petit village où les habitants ont déjà commencé leur journée depuis le lever du soleil. Cela ressemble à une petite ruche. Plus rien n'indique la présence de sources mais Kate semble bien connaître le lieu. Elle me fait traverser le hameau et redescendre légèrement en direction de la plaine. Une odeur très caractéristique commence à me chatouiller les narines m'indiquant la proximité des sources. Au détour d'un fourré nous nous retrouvons face à deux immenses statues de déesses aux seins dévoilés indiquant l'entrée. Je suis surprise par ces deux hôtesses plutôt atypiques en ces lieux. Kate m'explique que les sources sont très anciennes mais que les thermes ont été réaménagés "à l'européenne" il y a une dizaine d'années par un riche étranger tombé amoureux du site.

      - Il a racheté la concession . Il paraît que de temps à autre il y vient avec des amis passer quelques jours. Le reste du temps, les thermes sont utilisés par des touristes ou des notables de la capitale.

      Je distingue un bâtiment principal et de petites annexes attenantes. Des ruisseaux fumants s'écoulent au milieu de la végétation le long de rigoles creusées dans la pierre. Nous sommes accueillies chaleureusement par trois charmantes jeunes filles vêtues de paréos multicolores. Les odeurs d'huiles essentielles embaument l'édifice. Il y a visiblement peu de monde. Une des jeunes filles nous tend un paréo et une serviette à chacune. Elle nous demande si nous connaissons le fonctionnement, Kate lui fait signe que oui et qu'elle va se charger de me guider :

      - Par quoi souhaitez-vous commencer ?
      - Par un bain dans les sources, lui répond Kate.

      Tout en prenant sa serviette et son paréo sous le bras, elle m'explique qu'il y a des salles de massage et des hammams à l'intérieur et que les bains d'eau chaude sont situés à l'extérieur. Nous passons aux vestiaires. De petits casiers de bois sont disposés le long des murs, il y a des fauteuils, des plantes et une immense glace entourée d'un cadre de feuilles. Kate commence à se dévêtir et à déposer ses vêtements dans un des casiers. Je fais de même.

      Nous sortons des vestiaires par une petite porte qui donne directement sur l'extérieur. Elle dénoue son paréo et se glisse entièrement nue dans l'eau bouillonnante. Je l'imite rapidement car la température de l'air reste fraîche. La sensation sur la peau est agréable mais il faut que mes narines s'habituent à l'odeur soufrée. Les ruisseaux artificiels ont été bâtis avec les pierres de la colline. Elles ont été taillées de manière à former de petits bancs immergés plus ou moins profondément qui permettent de rester assis ou de s'allonger dans l'eau. La pierre est agréable au toucher. La présence de Kate étendue près de moi ravive le souvenir de ma nuit. J'ai du mal à me détendre. Elle doit le sentir car je l'entends murmurer :

      - Laisse toi aller, tu es ici pour profiter.

      Je ferme les yeux, j'écoute le bruit de l'eau qui court et de la végétation qui nous entoure. L'odeur entêtante m'enivre un peu et m'aide à faire le vide. Mon corps se réchauffe. Je commence à me relaxer.

      Au bout de quelques temps, deux autres filles viennent nous rejoindre. Elles ont un profil occidental. Sans doute des touristes. Kate entame un brin de conversation avec elles. Je les écoute distraitement. Nous restons encore un long moment dans l'eau. Les filles sont parties. Je ne me lasse pas de sentir les remous glisser sur mes épaules, mon ventre et mes cuisses. Me tirant de ma léthargie, Kate me propose de varier un peu les plaisirs.

      - Qu'est-ce qui te dirait, un massage, un hammam ?

      J'opte pour le hammam. Nous nous séchons rapidement et renouons nos paréos autour de la taille. À l'intérieur, il y a maintenant un peu plus de monde. Nous arrivons dans une pièce emplie de vapeur d'eau où quelques filles sont étendues dans des poses lascives sur les bords d'un magnifique bassin. Une autre est assise près d'une fontaine, la main plongée dans l'eau. Sur les côtés, je distingue une suite de petites pièces dont l'intérieur est caché par de petits rideaux de branchages. Surprenant mon regard, Kate m'indique que ce sont de petits hammams individuels.

      - Je te les conseille vraiment.

      Des serviettes déposées à leur entrée indiquent lesquels sont occupés. Elle me dirige vers celui qui reste inoccupé.

      - Entre et profite, moi je vais confier mon corps à une masseuse.

      Je dépose ma serviette au sol et pénètre dans la petite pièce assez sombre. Mes yeux s'habituent rapidement à l'obscurité. Les rayons filtrants du soleil apportent une lumière douce et les clapotis de l'eau créent une musique claire et mélodieuse. La vapeur embaume l'eucalyptus. Des bancs de pierre, de formes et d'ornements variés, sont disposés le long des quatre murs. Au milieu, un petit guéridon est couvert de flacons d'huiles et de boîtes d'onguents. Je promène mon regard encore un moment sur la pièce pour mieux m'imprégner de son atmosphère puis je m'installe sur l'un des bancs. La pierre, aussi lisse et douce que celle des sources, est creusée de telle sorte que l'on peut s'y allonger très confortablement. Je m'installe. Je parcours toute la surface de mes mains. Sur le haut, le mur est plus chaud pour permettre à l'eau de s'évaporer. Je suis surprise par l'aspect tellement poli qu'il me semble toucher du velours. Le lieu est extrêmement paisible. La vapeur m'enveloppe. Mon corps est entièrement recouvert de gouttelettes de condensation. Ma peau est souple et agréablement odorante. Mes mains poursuivent leur exploration et parcourent les motifs ciselés. Une drôle de forme se dessine. Je tâte du bout des doigts ce relief surprenant. Je pense bien à quelque chose mais il faut que j'aille sentir de plus près. Je me glisse doucement jusqu'à l'objet et l'enveloppe dans mes mains. Oui… C'est bien ce qu'il m'avait semblé. Je n'en crois pas mes doigts ! Quelle sensation agréable de pouvoir la deviner et l'imaginer. Une belle bite en pierre ! Je ris intérieurement et me dis que je vais de surprises en surprises. Je revois les statues du temple se muer en êtres de chair et d'os. Je m'amuse à la caresser espérant provoquer la même transformation mais l'objet reste insensible. Qu'importe si je ne lui procure pas de plaisir, moi, ça me fait bander de toucher ce sexe de pierre chaude. Tout à coup, l'objet se détache de son logement et reste bloqué dans ma paume. Ma surprise est telle que je manque tomber du banc. Le mécanisme est astucieux. Je me rends compte que je dispose d'un magnifique membre lisse et dur et que je peux en faire ce que je veux. Je me rallonge dans mon petit emplacement et promène ma queue, car c'est la mienne, sur tout mon corps. Je la prends dans ma bouche. Ses lignes sont belles, son gland a de jolies courbes. Je la suce, la lèche, la cajole. J'excite la pointe de mes seins avec la pierre. Je continue ma petite opération sur le ventre. Je sens ma vulve se gonfler et se mettre à la désirer follement. Le gland dur frotte mon clitoris. Je fais alors quelques allers retours en écartant les cuisses tant que possible puis je les resserre pour mieux sentir sa dureté. Je me retourne lentement, m'allonge sur le ventre et me frotte dessus avec application. Je n'imaginais pas le bien-être que l'on pouvait ressentir avec de la pierre. Je contrôle tout, je décide de l'intensité des mouvements. Le plaisir est très puissant. Ma peau est maintenant un doux mélange de sueur et de vapeur. Je me mets à genoux et enfonce la pierre dans mon sexe. Au gré d'allers retours plus ou moins profonds, ma gorge émet quelques grognements de satisfaction. Mes muscles serrent de plus en plus fortement la queue. Heureusement qu'elle n'est pas en verre ! Les yeux mi-clos, j'aperçois soudain la silhouette de Kate enroulée dans son paréo. Elle me surprend, accroupie sur l'objet de mon plaisir. Je rougis légèrement en espérant qu'elle ne perçoive pas ma gêne. Elle ne dit rien, s'approche, retire le sexe avec délicatesse. Elle me dirige vers un autre banc et m'y allonge. Son simple contact éveille tout mon corps.

      - Ferme les yeux.

      J'entends le bruit léger de flacons. Les yeux clos, je m'amuse à deviner ses gestes. Maintenant, ce sont les odeurs qui arrivent jusqu'à moi. Je sais que bientôt elles vont se répandre sur ma peau et que je pourrai les diffuser à mon tour. Quelques gouttes tombent sur mes épaules. Je frissonne. Aux gouttelettes succède maintenant une pluie d'huiles parfumées. Deux mains chaudes se posent sur ma nuque. Je n'ai toujours pas ouvert les yeux. J'essaie d'imaginer Kate, le dessin de ses hanches, de ses seins tendus sous le voile, ses épaules arrondies… Je la revoie la veille à la lueur des flammes… Ses mains sont douces mais suffisamment fermes pour décontracter mes muscles tendus. Je sens son souffle léger sur mon cou. Ses doigts glissent sur mes épaules. Elle insiste sur les points les plus noueux. Je pensais que le bain soufré m'avait détendue mais je me rends compte que ce n'est pas le cas, il reste encore de nombreuses tensions. Mes épaules sont malaxées dans tous les sens. Je sens de temps en temps un morceau de tissu m'effleurer. Son corps est tout proche. Les mains poursuivent leur tâche, suivent ma colonne, s'en éloignent, dessinent des cercles autour de mes reins. Son corps est de plus en plus présent, pressant. Je sens l'odeur de sa peau. Mes yeux s'ouvrent enfin et à ma grande surprise, je la découvre aussi nue que moi. Ses cheveux détachés ondulent sur ses épaules. Nos regards se croisent. Un petit sourire illumine son visage. Ses mains ne se sont pas arrêtées. Elles travaillent toujours le bas de mon dos, descendent puis s'arrêtent. Kate, devenue la déesse du massage, reprend ses flacons et fait tomber quelques gouttes d'huile au niveau de ma croupe. Je sens le liquide se répandre. Une goutte mutine se fraye un chemin jusqu'à mon sexe prêt à l'engloutir. Je bouge légèrement les jambes pour lui faciliter la tâche. Kate reprend ses mouvements. Ses paumes malaxent mon postérieur et ses deux pouces suivent la raie de mes fesses. Je les sens passer sur mon anus en insistant légèrement. Ont-ils envie de se faire avaler ? Je me cambre légèrement. Le souffle de Kate s'est accéléré. Mon corps est tout électrisé. Un doigt passe entre mes lèvres humides. Ses mains descendent à l'intérieur de mes cuisses. J'ai du mal à ne pas bouger mais je me sens maintenue fermement. Ses seins sont plaqués sur mes fesses. Sa peau est chaude et agréable. Ses doigts ne massent plus, ils m'effleurent. Je tends alors le bras et glisse ma main le long d'une de ses cuisses. Je peux sentir tout son désir. Le mien est trop fort, je me redresse, m'assois au bord de la table, lui prends les seins, les caresse, les lèche, lui mordille les mamelons. Elle bascule sa tête en arrière et je lis toute son envie. Elle se met à genoux et commence à me dévorer le sexe. Elle l'écarte avec ses deux mains posées en triangle sur ma toison. Je suis atrocement excitée. Sa langue est pointue sur mes lèvres. Je sens son pouce chercher mon clitoris puis faire de petits cercles plus ou moins pressants dessus. Je m'écarte tant que je peux pour lui permettre de me caresser et de me sucer au plus profond. Je sens sa langue me pénétrer, je serre ses cheveux dans mes mains, prête à exulter, quand soudain, elle se recule et commence à se masturber devant moi. Cette fille est une invitation à la débauche. Je descends de la table, l'étend à même le sol et lui lèche tout le corps. Elle ondule de plaisir. Elle est lumineuse. Je perds la tête, trempe un doigt dans un flacon d'huile resté ouvert et lui enfonce dans le cul. Elle est chaude de partout. Je la pénètre très facilement et suis tous ses mouvements. Ses doigts s'activent sur son sexe. Je bande rien qu'en la voyant se donner du plaisir. Elle est tellement belle à voir. Je fais des va et vient au fond d'elle. Quand elle se pénètre, j'arrive à sentir ses doigts. Je la sens retenir des petits cris de plaisir. Tout à coup, son corps se tend. Une onde de plaisir passe de son sexe à son cul. C'est bon de la sentir battre sur mon doigt.

      À peine a-t-elle repris ses esprits qu'elle écarte mes jambes et plonge sa tête entre mes cuisses. Elle m'arrache un petit cri de plaisir. Je sens mon suc mélangé aux huiles s'écouler entre mes fesses. Ses doigts et sa langue sont démoniaques. Ils savent parfaitement où agir pour me procurer un maximum de jouissance. Je m'écarte tellement que j'en arrive à me faire mal mais mon plaisir prend le dessus, une longue vibration monte en moi puis une décharge me traverse le sexe. Elle la ressent, s'immobilise mais garde ses doigts en moi pour mieux me sentir. Mon corps se détend.

      Elle pose sa joue sur ma cuisse et ferme les yeux. Je lui caresse les cheveux. Un énorme sentiment de nostalgie m'envahit. Demain, je devrais quitter la région et me remettre en route vers l'Europe. Je ne lui en ai pas parlé. Je ne lui en parlerai pas. Demain je bouclerai mes valises à l'aube et je quitterai la cabane avant qu'elle ne s'éveille. J'emporterai avec moi les souvenirs de mes étranges péripéties.

Photo Mert Alas et Marcus Piggott - Kate Moss in a turkish hammam in Istanbul